Les pêcheurs de la pêcherie de Kyavinyonge, localité située dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, ont déclenché un mouvement de grève depuis le lundi 11 mai 2026, a appris ACTUALITÉ.CD. Cette action fait suite à une incompréhension avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), accusé d’avoir confisqué plusieurs pirogues.
Dans leur déclaration rendue publique, les pêcheurs de Kyavinyonge exigent l’arrivée des autorités provinciales du Nord-Kivu afin de s’imprégner de la situation et d’y apporter une solution. Ils dénoncent notamment la saisie de pirogues qu’ils jugent arbitraire, la volonté de l’ICCN de se déclarer seul gestionnaire de la pêche sur le lac Édouard ainsi que son refus de voir d’autres services étatiques intervenir sur ce plan d’eau.
Face à cette situation, les membres du Comité de pêcheurs individuels de Kyavinyonge (COPEIKYA) ont décrété deux journées sans activités, les lundi 11 et mardi 12 mai 2026. Ils annoncent également une nouvelle action prévue pour le vendredi 15 mai 2026, consistant à interdire toute entrée et sortie de Kyavinyonge jusqu’à la résolution du différend.
" Nous demandons aux autorités politico-administratives de trouver solution à nos problèmes cités ci-haut. 1. La libération immédiate de nos pirogues arrêtées arbitrairement par l’ICCN à Kihangiro dans la zone occupée par les agresseurs et à Ishango. 2. Que le gouvernement provincial descende sur le terrain pour rappeler à chacun ses attributions. 3. Nous, dirigeants du COPEIKYA et tous les armateurs de Kihangiro, soutenons le gouvernement congolais dans nos activités de pêche en payant les permis de pêche par la redevance à la COOPEVI ", a déclaré Kalumbi Mbusa Katsali, représentant du Comité de pêcheurs individuels de Kyavinyonge
De son côté, la société civile forces vives de Kyavinyonge a exprimé son souhait de voir la population vivre en paix et exercer librement ses activités. Cette position est contenue dans un mémorandum adressé à l’autorité provinciale du Nord-Kivu. La structure citoyenne dénonce les tracasseries dont les pêcheurs seraient victimes, évoquant notamment des arrestations et l’immobilisation de pirogues à Ishango.
La société civile critique également l’imposition de plaques d’immatriculation aux pêcheurs, une pratique qu’elle estime contraire aux textes légaux en vigueur et susceptible de fragiliser les relations entre l’ICCN et les populations locales.
« Nous sollicitons la cessation immédiate des arrestations arbitraires et la restitution des pirogues immobilisées à Ishango et à Kighangiro, le respect des compétences des services techniques de l’État, l’arrêt de toute tracasserie à l’encontre des pêcheurs, ainsi que l’ouverture de cadres de dialogue avec les représentants légitimes des pêcheurs. Nos activités resteront suspendues jusqu’à l’obtention d’une solution durable ; à défaut, la grève sera maintenue. Nous demandons au gouverneur militaire de faire appel aux composantes de la société civile et à toutes les parties prenantes au conflit afin de les écouter, car la population a besoin de la paix », peut-on lire dans leur mémorandum.
Contacté par ACTUALITÉ.CD, Méthode Bagurubumwe Uhoze, chargé des relations extérieures du Parc national des Virunga, confirme les faits. Il rappelle que la pêcherie de Kyavinyonge ainsi que le lac Édouard font partie du parc national des Virunga, une aire protégée gérée par l’ICCN conformément à la loi. Selon lui, l’identification des pêcheurs et des pirogues s’inscrit dans le cadre normal de la gestion du lac. Il précise que les pirogues saisies l’ont été à la suite de conflits liés à la duplication de numéros d’identification constatée lors de patrouilles nocturnes. Pour prévenir durablement ces problèmes, l’ICCN aurait proposé l’usage de plaques métalliques non falsifiables.
L’ICCN se dit par ailleurs surprise par la manifestation organisée par la société civile, qu’elle considère comme le résultat d’une manipulation et d’une contestation du respect de la loi. L’institution affirme toutefois rester ouverte au dialogue et disposée à fournir des clarifications à toute personne concernée par la situation.
« Ce qu’il faut comprendre, c’est que la pêcherie et le lac font partie du Parc national des Virunga. À ce titre, ils sont gérés par l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). La gestion des aires protégées est encadrée par une loi que l’ICCN ne fait qu’appliquer.
En ce qui concerne spécifiquement les pêcheurs, afin d’exercer son travail de manière professionnelle sur le lac, l’ICCN a procédé à l’identification des pêcheurs. Il ne s’agit pas d’une nouvelle pratique, car chaque pirogue dispose d’un numéro depuis plusieurs années. Toutefois, de petits conflits ont été constatés dans la pêcherie, liés au doublon de numéros. Il y a eu un phénomène de duplication de numéros, à l’origine de tensions sur le lac. Lors des patrouilles de surveillance, deux pirogues portant le même numéro ont été identifiées, et ce sont ces pirogues qui ont été arrêtées dans un premier temps », a fait savoir Méthode Uhoze.
Et d'ajouter :
« Et pour résoudre cela d’une façon durable, il a fallu que chaque pirogue soit porteuse d’une plaque métallique qui ne peut pas être piratée. C’est comme cela que l’ICCN, dans sa politique de surveillance sur le lac, a proposé aux pêcheurs de changer les numéros qui sont ici en peinture par une plaque métallique qui ne peut pas être dupliquée, afin d’éviter ce phénomène de duplication. Soixante pour cent des pêcheurs avaient accepté cette proposition, sauf une tranche des pêcheurs de Kyavinyonge. Nous avons été surpris par la manifestation, car nous sommes dans un processus avec les parties prenantes et nous n’avons pas compris d’où vient cette incompréhension alors que nous sommes dans un processus. Nous nous sommes fixé deux mois pour avoir le résultat de ce processus et s’assurer que les réponses par rapport à leurs préoccupations soient apportées. Nous pensons qu’il y a une manipulation liée peut-être à l’incompréhension de certains pêcheurs. Du côté de l’ICCN, nous sommes ouverts à toute personne qui a un problème ou qui a besoin d’une clarification sur un sujet quelconque. Nous sommes ouverts pour discuter et clarifier les choses », a-t-il ajouté.
Josué Mutanava, à Goma
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